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Leadership féminin : vaincre l'autocensure grâce à une meilleure connaissance de soi 

Leadership féminin : vaincre l'autocensure grâce à une meilleure connaissance de soi 

 

L'autocensure des femmes : quand les talents restent dans l'ombre

Les recherches en psychologie sociale décrivent plusieurs mécanismes, parmi lesquels le self-silencing (l'autocensure pour préserver la relation), le syndrome de l'imposteur ou encore la difficulté à s'autoriser pleinement la réussite. Bien entendu, ces comportements ne concernent pas toutes les femmes, mais ils apparaissent avec une fréquence suffisante pour interroger les pratiques éducatives, culturelles et managériales.

Comme l'écrivait Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme : on le devient. »

Une formule qui rappelle que l'affirmation de soi ne dépend pas uniquement de la personnalité. Elle est aussi le fruit de l'éducation, des modèles proposés et des attentes de la société.

Ce que révèlent les statistiques des profils de personnalité 4Colors

Les analyses réalisées à partir de plus de 150 profils de femmes  lors d’ateliers sur le leadership au féminin ou d’entrepreneuriat, mettent en évidence une tendance intéressante : les préférences comportementales s'orientent davantage vers la partie sud de la boussole comportementale, (orientation Relation-Sentiment) associée à la coopération, à l'écoute, à la stabilité des relations et à la prise en compte des émotions.

 

Cette orientation constitue une véritable force. Elle favorise l'empathie, la coopération, la médiation, la qualité de l'écoute et la capacité à créer du lien et des synergies, autant de compétences particulièrement recherchées dans les organisations.

En revanche, lorsque cette orientation devient trop marquée, elle peut conduire certaines personnes à éviter le conflit, minimiser leurs réussites, différer leurs décisions ou taire leur désaccord afin de préserver l'harmonie.

L'analyse des styles adaptés montre que cette orientation relationnelle tend même à s'accentuer dans le contexte professionnel avec 63% d’orientation en Sud boussole. Beaucoup de femmes mobilisent alors une énergie importante pour maintenir un climat serein, parfois au détriment de leurs propres besoins ou de l'expression de leurs convictions.

 

Le self-silencing : quand préserver la relation devient un frein

La psychologue canadienne Dana Crowley Jack a popularisé le concept de self-silencing, que l'on peut traduire par « autocensure relationnelle ».

Pour préserver une relation ou éviter une confrontation, certaines personnes préfèrent ne pas exprimer leurs besoins, leurs désaccords ou leurs émotions. À court terme, cette stratégie apaise les tensions. À long terme, elle peut générer frustration, perte de confiance en soi, rumination et parfois épuisement psychologique. Elle s’observe fréquemment lorsque la tendance Rouge (objectifs-action-compétition) est faiblement représentée et le verte surreprésentée (stabilité)

Les travaux de Carol Gilligan, pionnière de la psychologie du développement moral, montrent également que de nombreuses femmes ont été socialisées à privilégier le maintien du lien avant l'expression de leurs propres besoins. Cette capacité d'attention aux autres est une richesse, mais elle peut parfois conduire à s'oublier soi-même.

Quand l'histoire obligeait les femmes à se cacher

Cette discrétion n'est pas un phénomène récent.

L'histoire est jalonnée de femmes qui ont dû masquer leur identité pour exercer leur talent.

L'exploratrice Jeanne Barret, première femme à accomplir un tour du monde, embarqua déguisée en homme auprès de Bougainville afin de contourner l'interdiction faite aux femmes de naviguer.

L'écrivaine George Sand choisit un pseudonyme masculin et adopta des vêtements d'homme afin d'être publiée, circuler librement et être reconnue dans les milieux littéraires.

La chirurgienne britannique James Barry exerça toute sa carrière sous une identité masculine pour accéder à une profession alors interdite aux femmes.

Plus près de nous, de nombreuses scientifiques, artistes ou entrepreneures racontent encore aujourd'hui avoir longtemps minimisé leurs réussites avant d'oser pleinement prendre leur place.

 

L'humour comme stratégie de protection

Toutes les femmes ne réagissent évidemment pas de la même façon. Certaines préfèrent le silence. D'autres choisissent... l'humour.

L'humour autodépréciatif constitue parfois une manière élégante de détourner l'attention de soi, de désamorcer les tensions ou d'éviter de paraître prétentieuse. Derrière cette légèreté peuvent pourtant se cacher un manque de confiance ou la difficulté à reconnaître pleinement sa propre valeur.

Dans les profils 4Colors®, cette stratégie se retrouve plus fréquemment chez les personnes dont le besoin d'acceptation et reconnaissance sociale est fort, à savoir la dominante jaune-Influence. Elles occupent volontiers l'espace relationnel tout en protégeant une part plus sensible d'elles-mêmes.

Le syndrome de l'imposteur : un phénomène partagé

Le syndrome de l'imposteur touche aussi bien les femmes que les hommes.

Cependant, plusieurs études montrent que les femmes ont davantage tendance à attribuer leurs réussites à la chance ou au travail fourni, tandis que les hommes les attribuent plus volontiers à leurs compétences.

Ces différences ne sont pas des fatalités. Elles sont largement influencées par les modèles éducatifs, les représentations sociales et les expériences vécues.

Développer un leadership authentique

Les recherches de Alice Eagly, spécialiste du leadership, montrent que les styles de management les plus efficaces combinent aujourd'hui affirmation de soi et qualité de la relation. Les organisations attendent moins des leaders autoritaires que des leaders capables d'écouter, d'inspirer et de créer la confiance.

Développer son leadership ne consiste donc pas à adopter des comportements stéréotypés ni à reproduire un modèle historiquement masculin.

Il s'agit d'identifier ses forces, de comprendre ce qui freine l'expression de son potentiel et d'apprendre à communiquer avec davantage d'assurance tout en restant fidèle à soi-même.

Les profils de personnalité 4Colors® permettent précisément de mettre en lumière ces mécanismes souvent invisibles. Au-delà des préférences comportementales, ils révèlent les tensions paradoxales : ces petites voix intérieures qui hésitent, culpabilisent ou empêchent parfois de prendre pleinement sa place.

En prenant conscience de ces fonctionnements, chacun peut développer une assertivité plus sereine, renforcer sa confiance et apprendre à exprimer ses idées sans renoncer à ses valeurs.

Le véritable leadership ne consiste pas à imiter les comportements les plus démonstratifs.

Il consiste à trouver une manière authentique d'influencer, de décider, d'inspirer et de créer de la confiance, en restant profondément aligné avec sa personnalité. Et vous, quel est votre style de leadership ?

Pour aller plus loin :

Quelques travaux scientifiques ayant inspiré cet article :

  • Carol Gilligan – In a Different Voice (1982)
  • Dana Crowley Jack – Silencing the Self (1991)
  • Alice H. Eagly & Linda Carli – Through the Labyrinth (2007)
  • Amy Edmondson – The Fearless Organization (2018), sur la sécurité psychologique dans les équipes.